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| INTERVIEW DE VERTEX EN OCTOBRE 1973 |
| Couverture du magazine Vertex |
| Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire de
la SF |
| C'est le genre de chose qu'il est très difficile d'analyser.
Malgré tout je dirais que c'est sans doute du à
une imagination débordante et au fait que j'ai pensé
très tôt, dés le début des années
50, que la SF constituait un courant littéraire important.
La SF possède une marge de manoeuvre bien supérieure
à toute autre forme de littérature. Vous pouvez
faire plus de choses intéressantes en SF que dans une oeuvre
de fiction classique. Je ne veux surtout pas dénigrer cette
forme de littérature. Chacune a sa place et sa fonction
dans notre société et j'espère qu'il en sera
toujours ainsi. Vous choisissez ce qui convient le mieux en fonction
de l'histoire que vous avez à raconter. Et au début
des années 50, j'ai ressenti le besoin d'écrire
de la SF. C'est comme cela que j'ai démarré. |
| Est-ce que vous lisiez de la SF auparavant ? |
Oui, j'étais déjà familier avec la SF.
J'ai commencé à en lire au début des années
40. J'en lisais donc depuis 10 ans quand j'ai commencé
à en écrire.
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| Qui étaient vos auteurs favoris ? |
| J'ai lu un peu de Heilein et de H.G.Wells. J'ai lu aussi Jack
Vance et c'est à cette époque que j'ai fait sa connaissance.
Jack est venu se présenter environ 6 mois après
que j'ai commencé à écrire de la SF. J'avais
entendu dire qu'il vivait pas très loin de chez moi. Nous
avons finit par emmener nos deux familles à Mexico. Nous
avons vécu un moment là-bas et écris quelques
histoires ensembles. Nous sommes toujours des amis très
proches. J'ai lu également Poul Anderson. Vous savez, je
pourrai continuer à vous donner des noms pendant un moment.
J'ai lu un peu tout ce qui se faisait avant de démarrer.
Je voulais voir ce qui avait été fait. |
| Que faisiez-vous à l'époque où vous avez
commencé à écrire de la SF ? |
| J'éditais des journaux, mais j'écrivais aussi
de la fiction. J'écrivais de petites histoires. Ca m'est
venu très tôt. Je me rappelle du déjeuner
d'anniversaire de mes 8 ans où j'ai solennellement annoncé
à ma famille que je serais un écrivain. Ma mère
conserve précieusement plusieurs tentatives de fictions,
bourrées de fautes d'orthographe, que j'ai écris
à cette époque. Même maintenant, je peux reconnaître
que j'avais le don de placer une accroche narrative au début
d'une histoire. |
| Dune est sans aucun doute votre livre le plus connu. |
| Comment vous est venu l'idée de ce livre ? |
| Eh bien je nourrissais l'idée de traiter du sujet de
l'impulsion messianique dans notre société depuis
un bon moment. Ma technique consiste à rassembler de la
documentation. J'en ai rempli des dossiers. Lorsque j'ai une bonne
idée pour un personnage, je la met dans un dossier avec
son nom dessus. Une fois, je me suis rendu à Florence,
dans l'Oregon, pour écrire un article à propos d'une
expérience menée par le ministère de l'agriculture
sur le contrôle des dunes. Les Etats-Unis ont été
des pionniers dans ce domaine. L'idée était de développer
des herbes et autres plantes qui permettent de contenir les dunes
lorsqu'il y a du vent. Vous voyez, une dune fonctionne exactement
comme un fluide, à la différence que cela lui prend
plus de temps pour se déplacer. Cela crée des vagues,
qui, vues du ciel, sont similaires à celles de la mer.
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| Comme une mer au ralenti ? |
Oui, c'est tout à fait ça. J'ai donc écrit
cet article, puis j'ai commencé à rassembler de
la documentation sur le contrôle des dunes. Cela m'a conduit
à m'intéresser à l'écologie, à
ce que nous faisions à notre planète. Un jour, je
me suis aperçu que j'avais rempli tout un tiroir et qu'il
ne me restait plus alors qu'à écrire ce livre. Je
me suis donc assis et ai inventé l'histoire de Dune.
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| Pour un début, Dune représente un travail relativement
conséquent. |
| Je sais ! Ce fut long. J'ai découpé l'histoire
en trois parties et en ai conservé plus d'un tiers pour
le 1er livre. Je me suis assis et ai pris à peu près
un an et demi pour rassembler tout ça et en tirer quelque
chose. Les revenus que je tirais de la bourse de NY étaient
faibles et le traitement que m'accordaient certains éditeurs
étaient à la limite de l'outrage. Puis j'ai continué
et ai écrit Le Messie de Dune, bien avant de savoir que
Dune allait connaître le succès. Je le voyais comme
une sorte de pivot, pointant à la fois vers l'arrière
et vers l'avant, car j'avais une vision très étendu
de la manière dont je voulais traiter ce thème de
l'impulsion messianique dans les sociétés humaines.
Je travail actuellement sur le 3ème et dernier volet, qui
sera sans doute aussi long que Dune lui même. Je ne sais
pas si je vais le terminer bientôt car la vie, ainsi que
d'autres travaux plus urgents, m'occupent beaucoup. Mais je vais
le finir, probablement cette année. |
| Avez-vous un titre pour ce livre ? |
| Non. J'en ai un temporaire, mais j'essaie de ne pas trop parler
de mon travail lorsqu'il est en cours. Mon conseil à tous
les écrivains : ne gaspillez pas vote énergie à
parler de ce que vous écrivez en ce moment, mettez la dans
votre machine à écrire. Vous dépensez autant
d'énergie à parler de votre travail qu'à
le faire. Je suis très méfiant, très mystérieux
à propos de tout cela. Je garde tout ça pour moi,
et lorsque je m'assois devant ma machine à écrire,
c'est comme un flot qui se déverse. |
| Parlons de votre technique. Est-ce que vous avez besoin de choses
particulières pour travailler. Par exemple, avez-vous besoin
d'un environnement de travail spécifique ? |
| Oh, je pense que nous avons tous besoin d'environnement particuliers
pour les différentes choses que nous faisons. Un écrivain
a besoin de temps, sans interruptions, ainsi que des outils propres
à son métier : du papier et un instrument d'écriture
quelconque. Jack Vance utilise des crayons ou des stylos. Je trouve
sa technique très intéressante. Il utilise des stylos
de couleurs différentes. Il les met dans un plat, à
côté de lui. Lorsqu'il se lasse du bleu, il écrit
en vert, rouge, orange ou noir. Pour ma part, j'utilise une machine
à écrire. Déformation professionnelle sans
doute. J'ai appris à taper à la machine à
l'âge de 14 ans. Dans ce genre d'exercice, vous entraînez
votre pensée à descendre au bout de vos doigts.
Il s'effectue comme une sorte de lien à travers votre corps.
Votre pensée arrive dans votre tête et se retrouve
immédiatement sur le papier. J'ai donc besoin d'un endroit
où je peux m'asseoir sans être interrompu pendant
au moins 4 heures par jour, quand ce n'est pas 6, voir souvent
plus. |
| Vous écrivez de longues heures durant lorsque vous êtes
inspiré ? |
Oh, je n'attend pas que l'inspiration vienne. Je me contente
de m'asseoir et de travailler à l'élaboration de
ce que j'avais imaginé au départ. Les trois livres
la série Dune m'intéressent toujours autant. Je
crois que c'est du à la manière dont ces impulsions
se forment dans cet organisme que nous appelons société.
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| Il y a eu beaucoup de changements dans nos sociétés
et nos cultures depuis que vous avez écrit Dune. Tenez-vous
compte de ces changements ? |
| Oh oui. Le livre se transforme au contact de l'expérience.
Il est fou, celui qui ne met pas tout ce qu'il a, à tout
moment, dans ce qu'il est en train de créer. Vous êtes
là, en train d'écrire. Vous ne voulez pas tuer l'oie,
mais simplement qu'elle ponde son oeuf. Je ne m'inquiète
donc pas en ce qui concerne l'inspiration, ou pour toute autre
chose équivalente. Ce n'est qu'une question de s'asseoir
et de faire son travail. Je n'ai jamais eu de problèmes
de ce côté-là. J'en ai simplement entendu
parler. Il y avait parfois des jours, des semaines entières
durant lesquels je n'était pas très enthousiaste
à l'idée d'écrire. J'aurais préféré
aller à la pêche, ou tailler des crayons, ou aller
nager. Mais par la suite, lorsque je me relie, je suis incapable
de faire la différence entre ce qui m'est venu facilement
et ce pour quoi il a fallu que je me dise : "bon, maintenant
c'est le moment d'écrire, et je vais écrire."
Cela ne fait aucune différence sur le papier. |
Il me semble que cela pourrait provenir de votre expérience
journalistique où vous devez écrire quel que soient
les conditions ou votre état d'esprit.
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| Oui, vous vous asseyez et vous conditionnez dans un seul objectif
: c'est le moment d'écrire et vous avez un délai
à respecter. Vous donnez alors le meilleur de vous même
à ce moment là et vous le faîte. |
| Qu'écrivez vous d'autres en ce moment, en plus des "Chroniques
de Dune" ? |
| Hé bien j'écris le script narratif d'un documentaire
sur la patrouille de démonstration de la navy, les Blues
Angels. Cela m'a intéressé car il ne s'agissait
pas d'un documentaire conventionnel. Cela n'était pas quelque
chose du genre : "hé, on va vous faire une démonstration
du tonnerre !". Je suis pilote, j'étais donc intéressé
par le point de vue du vol en lui même. Ce qui m'a frappé
aussi, c'est que vous avez des gars qui pilotent des avions de
chasse et qui font des choses extraordinaires avec, mais qui n'ont
vraiment pas conscience de ce qu'ils réalisent. Ils savent
voler, ils savent qu'ils font des choses superbes et ils en tirent
une grand satisfaction. Mais ils ne comprennent pas quelles sont
leurs relations avec eux-même, avec leur avion, et avec
le reste du monde. Ce qu'ils montrent aux gens c'est qu'en fait
un être humain peut faire ces choses extraordinaires : faire
voler deux avions l'un à côté de l'autre.
Ils s'entraînent pour que leur avion les porte tout autant
qu'ils le pilote. Ils pensent qu'ils contrôlent leur avion.
Cette idée du contrôle absolu est une émanation
de la culture Western. Elle est ancré dans notre langage,
elle fait parti du verbe être : "soit tu le fais, soit
tu ne le fais pas !". C'est cette vieille dichotomie cartésienne
-- La séparation entre le corps et l'esprit. Il n'y a pas
de séparation entre le corps et l'esprit. |
Vous avez précédemment parlé de la culture
mondiale, une réunion de toutes les cultures de la Terre.
Apparemment vous y avez réfléchi depuis un bon moment.
Voyez vous des choses, des idées qui sont communes à
toutes les cultures, une sorte de tendance que suivrait ces cultures.
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| Hé bien je ne vois pas de tendances dans le sens de :
"où allons nous ?", mais je vois beaucoup d'influences
qui vont mutuellement interagirent, créer quelque chose
de nouveau. Bien sûr, nous pouvons parler ensuite de certaines
choses qui vont arriver. A moins que nous n'effectuions une avancée
considérable dans le domaine des sources d'énergie,
ce qui est toujours possible (c'est notre tendance à croire
aux miracles), nous allons assister à des catastrophes
humaines dans certaines parties du monde. Plus particulièrement
dans au moins une zone. J'ai d'autres exemples en tête,
mais l'île de Java, que j'ai visité l'été
dernier, a aujourd'hui une population de plus de 80 millions de
personnes. Ils connaissent des densités de population urbaines
dans les campagnes. Actuellement, ils n'occupent pas toute la
place disponible, mais une partie n'est pas utilisable par les
hommes. Donc, une fois encore, à moins que l'on ne fasse
des découvertes importantes en ce qui concerne les sources
d'énergie et les sources de nourriture, une catastrophe
humaine va se dérouler à cet endroit car ils ne
font rien pour contrôler la croissance de leur population.
Ils possèdent encore l'un des taux de croissance les plus
élevés du monde. Maintenant, et restons prudent
à ce sujet, s'ils doublent leur population d'ici à
l'an 2000, leur terre ne pourra pas les supporter avec les sources
d'énergie actuelles. Elle est tout juste capable de le
faire actuellement. Ils sont donc très proche d'une catastrophe.
Et je pense que le reste du monde sera impuissant face à
ce problème. Nous ne pourrons pas tirer suffisamment de
nourriture de ce pays, et même si nous le faisions, nous
ne ferions qu'accroître le problème. |
| Parce que la pression sur une société, la présence
du danger, et notamment celui de la famine, tendent à faire
croître la population. C'est une poussée vers la
procréation. |
| C'est ce qui s'est passé pendant les périodes
de guerre. |
| Oui, nous sommes sortis d'une guerre avec une population plus
importante que lorsque nous y sommes rentré, en dépit
des pertes. Je prévois donc que Java va connaître
un grave problème de surpopulation d'ici à 15 ans.
Cela va se faire sentir dans le monde entier. Pas simplement à
cause de notre incapacité à traiter le problème,
c'est à dire leur fournir de la nourriture, mais les gens
vont commencer à regarder à l'intérieur de
leurs propres sociétés. Toute la société
va ausculter ses propres efforts. Je crois vraiment que ce que
nous appelons "le changement des moralités",
qui se traduit par l'utilisation du sexe en tant que plaisir plutôt
que comme un moyen de procréation, n'est qu'une sorte de
réaction sociale qui permet à la fois de limiter
la population et de satisfaire nos besoins sexuels. |
| C'est donc une évolution très rapide. |
| Oui, je le vois comme ça. Le Japon a su maîtriser
la croissance de sa population. Je vois le même genre de
choses arriver aux Etats-Unis. Je ne vois pas le même genre
de choses arriver dans les pays musulmans ou en Amérique
Latine. L'Amérique Latine est une autre zone que nous devons
regarder de près car ils ont échoué à
régler leur problème au moment où ils devaient
le faire. S'ils ne limitent pas leur population ils devront trouver
un autre moyen de régler ce problème. |
| Pour en revenir à la SF, quel rôle pensez vous
qu'elle doive jouer ? Pensez-vous que la SF peut aider, ou aide
à résoudre certains problèmes ? |
| Je pense que la SF peut nous aider, et elle parle de choses
très intéressantes. Elle dit que nous avons suffisamment
d'imagination pour effectuer d'autres choix. Nous avons tendance
à nous attacher à des choix trop limités.
Nous disons : "bon, la seule solution est..." ou "si
tu voulais simplement...". Quoi que vous mettiez à
la suite de ces phrases, vous réduisez les possibilités
de réponse. Cela abaisse votre vision au raz du sol et
vous empêche de voir autre chose. Les êtres humains
ont trop tendance à ne pas élargir suffisamment
leur regard. Aujourd'hui, nous sommes forcés de porter
un regard beaucoup plus ouvert sur le monde et sur ce qu'on lui
fait. C'est sur ce point, je pense, que la SF peut nous aider.
Je ne pense pas que le simple fait d'écrire des livres
tels que "Brave New World" ou "1984" empêche
les événements qu'ils décrivent d'arriver.
Mais je suis convaincu que le fait d'en parler éveil notre
conscience sur ces sujets et rend la probabilité qu'ils
surviennent plus faible. B.F. Skinner me gène. Il est plus
correcte du point de vue d'Huxley. Il se tient là debout,
comme un enfant et dit : "S'il vous plaît, laissez
moi avoir un monde comme ça parce que je me sent bien dedans
!" Il dit : "Je veux le contrôler". Il se
pourrait qu'il est raison dans le fait que toute notre société
aille tout droit dans cette direction et il a peut-être,
de son point de vu, opté pour un minimum de maux. Mais
quelle genre de société cela pourrait-il bien produire
? |
| J'aimerais aborder quelques aspects personnels de votre vie.
Vous avez dit précédemment que l'un de vos hobbies
était l'électronique. Que faîtes vous d'autre
pour vous divertir ? |
| J'aime l'ébénisterie. J'aime faire des choses
avec mes mains lorsque je n'écris pas. J'essaie de m'éloigner
autant que cela m'est possible du travail de l'écrivain.
Cela m'aide, c'est comme une sorte de catharsis. Je jardine. Je
possède 6 âcres et demi de terre au nord-est de la
péninsule Olympique dans l'état de Washington. Je
suis en train de développer un petit morceau de terrain,
lequel va, je l'espère, me servir à démontrer
que l'on peut atteindre une bonne qualité de vie sans consommer
trop d'énergie. Je vais y effectuer quelques travaux manuels.
J'enlève les saletés et je déplace les rochers.
Je suis en train de créer une combinaison de marais, d'étang
et de lac. Je vais planter du riz sauvage et du riz des hautes
terres, qui a été développé spécialement
pour l'utiliser en altitude dans les îles des Philippines.
Je ne suis pas une de ces personnes qui croit dans cette vision
écologique qui consiste à dire que l'homme ne doit
pas modifier la Terre. Je crois que lorsqu'il le fait, il devrait
le faire en pensant au futur, et avec une attention telle que,
lorsqu'il aura changé la terre, il y aura là quelque
chose de plus nourrissant qu'auparavant. Je vais introduire des
truites dans ce petit lac, ainsi que des grenouilles et autres
animaux de cette sorte. Cela va attirer des oiseaux qui vont se
nourrir avec le riz. C'est pourquoi j'en ai planté. Je
vais construire une sorte de maison d'échange ici - une
maison dans laquelle je pourrais recevoir des invités,
des amis et où nous pourrons échanger nos idées.
J'espère pouvoir la construire sur de l'adobe stabilisé,
ce qui constitue un matériau très isolant. Au fur
et à mesure que je montrai l'adobe, cela me fournira une
base pour cette maison. La terre que nous avons retiré
pour faire le marais me fournira de l'adobe. Je devais réaliser
ce que j'avais dit. J'étais là, à répéter
ces choses à qui voulait l'entendre. Mais c'est une chose
de dire : "Nous devrions le faire" et c'en est une autre
d'y aller et de dire simplement : "Hé bien, c'est
comme cela que nous devrions faire, et en voici l'exemple. J'avais
tort à propos de cela. J'ai réalisé que pour
faire ceci, mon approche original devait être modifiée".
C'est ce que nous avons toujours appris lorsque nous nous sommes
salis les mains. le fait de réaliser quelque chose nous
en apprend toujours plus. C'est l'un des problèmes de l'éducation.
Vous vouliez en savoir plus sur ma vie personnelle. J'ai enseigné
à l'université de Washington jusqu'au dernier trimestre.
J'ai pris deux années sabbatiques. |
| Quel cours enseigniez-vous ? |
| J'enseignais un cours magistral intitulé Utopie/Contre-Utopie,
qui est une analyse du mythe d'une meilleure vie ; comment nous
le portons dans nos têtes. Nous ne faisons rien sans avoir
recours à ce mythe : nous laisser pousser les cheveux sur
la figure, le choix de nos amis, les vêtements que l'on
porte, le type de gouvernement que nous choisissons, qui nous
désignons comme étant le meilleur leader, le plus
mauvais aussi. Nous n'entrons pas dans l'isoloir sans emmener
ce mythe avec nous. |
| Avez-vous réalisé de la documentation sur ce cours
? |
| Oui. Cela m'a frappé que l'académie se soit engagée
sur la voie de : "l'éducation peut-être dispensée
avec de l'énergie". Maintenant, toute les académies
n'ont pas suivies ce chemin. Nous avons beaucoup de personnes
formidables dans notre éducation qui travaillent en dépit
des intrusions du pouvoir administratif. Mais quand vous y réfléchissez,
une école est une personne qui a des connaissances qui
fonctionnent. Elle peut démontrer que cela marche. Les
gens veulent apprendre comment faire ces choses, de la même
manière. |
| Cela vous amusait-il d'enseigner ce cours ? |
| Oui. Je l'enseignais sur le principe réussite/échec.
Il me fallait donner des notes pour le système, mais je
donnais un 'A' à tout le monde. La notation s'immisce dans
l'éducation. Il est totalement évident que nous
sommes une espèce à la fois unique et différente.
Le fait que nous nous reproduisions sexuellement implique que
nous ne sommes pas tous identiques. Non pas dans nos capacités,
nos désirs ou n'importe quoi d'autre. Chacun d'entre nous
est un genre à part entière. C'est pareil pour une
classe. Il y a des gens qui ont des aptitudes qui se développent
dans une certaine direction, de telle sorte que si vous construisez
un système qui va dans cette direction, vous pourrez dire
que certains sont meilleurs que d'autres. Mais cela vous empêche
d'apprendre des choses de n'importe qui dans la classe. Une classe
doit être un endroit où le professeur apprend lui
aussi. J'ai développé ce que je pense être
une bonne manière de déterminer si les élèves
ont appris quelque chose garce à mon cours, et si j'ai
appris quelque chose d'eux. Si j'apprend quelque chose d'eux,
cela signifie qu'ils apprennent de moi aussi. Maintenant je ne
dis pas que nous devrions noter les étudiants en médecine
avec un tel système. N'interprétez pas mes propos
de travers. Nous avons développé un ensemble de
paramètres pour un contexte précis. Mais nous devons
reconnaître ce que nous faisons, comment nous avons développé
ces paramètres, comment nous les modifions pour que les
résultats soient ce que nous voulons qu'ils soient. Vraiment,
cela bloque le développement. A n'importe quel moment vous
devez avoir quelqu'un qui sait faire ce que d'autres ne savent
pas faire et qui peut démontrer ces capacités. Il
dira : "Voici ce que je peux faire...". |
| Et il transfère l'information. |
| Oui. "Voici comment je le fais". Maintenant, ce pourrait
ne pas être la seule manière de le faire. Ce pourrait
ne pas être la meilleur. Nous pourrions développer
une façon de faire qui soit beaucoup plus performante.
Mais dans une société basée sur le pouvoir,
le pouvoir adhère à ceux qui ont connaissance de
la manière dont les choses fonctionnent, sans s'occuper
de savoir combien de temps cela fonctionnera. |
| Et le pouvoir disparaît rarement après cela |
| Hé bien oui. Le pouvoir attire le pouvoir de telle manière
que cela comprime les voies de développement |
| Et y a-t-il un moyen de s'en sortir ? Comment pourrions-nous
élargir ces voies de développement ? |
| Hé bien si vous ne voulez pas vous retrouver avec une
société chaotique, avec tout ce qui est inhérent
à cela et qui ne constitue pas une réponse, vous
avec besoin de chemins qui explorent les concepts les plus informels.
|
| Avez-vous une idée de la manière dont on pourrait
faire cela ? |
| Cela se réalisait de différentes façons
dans ce que nous appelons des "conditions primitives".
L'ermite pouvait le faire. Mais nous nous éloignons du
monde de l'ermite. Si un homme a l'idée qu'en découpant
des morceaux dans un rondin d'arbre, en insérant des branches
en leur milieu et en plaçant une charge sur ces branches
- vous pourriez transporter une charge plus lourde, la déplacer
où vous le désirez -, cet homme pourrait simplement
se mettre à réaliser son idée. Mais notre
société, dans son ensemble, a décidé
que si nous laissons les physiciens construire les roues et tailler
les rondins, alors le résultat peut être utilisé
comme un instrument de pouvoir, et éventuellement servir
à la guerre, voir à la destruction de la planète.
A cet égard, je ne suis pas aussi inquiet à propos
des armes atomiques que je le suis à propos de toute la
structure qui peut les produire. Beaucoup plus dangereux pour
notre société, je veux dire qui peut surgir de n'importe
où, est la capacité d'un chimiste et d'un pharmacien
travaillant dans un laboratoire, par exemple en Afrique du Sud,
à produire un virus mutant qui se répandrait comme
un feu de paille à travers le monde. |
| Comme dans les vieilles histoires de SF ? |
| C'est tout à fait réel, un vrai danger qui nous
guette. |
| Nous ne sommes pas loin de vivre dans un monde de Science-fiction
aujourd'hui, n'est-ce pas ? |
| Oui. Je le vois très clairement, comment toutes ces choses
se forment autour de nous. Le développement à lieu
dans de nombreuses directions. Il n'y a aucun moyen de contrôler
cela., de le canaliser aux moyens de directives gouvernementales.
Il n'y a aucun moyen par exemple d'empêcher ce pharmacien
ou ce chimiste de travailler dans ce laboratoire en Afrique du
Sud. |
| C'est vrai. Mais ne devons nous pas malgré tout trouver
les moyens d'empêcher cela si nous voulons survivre ? |
| Je pense que nous le faisons dans la mauvaise direction. Nous
ne pensons qu'à contrôler de tels agissements, au
lieu d'avoir une société mondiale où les
gens n'auraient tout simplement pas envie de faire ce genre de
chose, de détruire leurs semblables. |
| Si nous pouvions apprendre comment faire cela, nous verrions
la plupart des problèmes résolus. |
| Ce n'est pas une chose facile. Une partie de cela est la simple
reconnaissance de l'humanité, du fait que tous les autres
êtres humains sont comme moi. Vous savez, quand on y réfléchit,
chaque société a sa manière de définir
le mot humain. Nous pensons que nous savons ce qu'est un être
humain. Je commence toujours mon cours par demander une définition
de l'humain. Je ne dis pas homo sapiens. Je ne dis pas non plus
que je veux une définition médicale ou physique.Je
dis simplement, définissez-le. Et après quelques
petits coups de coude ici et là, nous arrivons à
mon idée que la plupart des sociétés définissent
l'être humain ainsi : "comme moi". S'ils sont
suffisamment comme moi, je laisserais ma fille en épouser
un. S'ils ne sont pas comme moi, quelque part, cela veut dire
qu'ils ne sont pas humain. Se sont des nègres, des ritals,
des chinetoques. Tout le monde le sait, ils ne sont pas humains...
pas totalement. Ou bien se sont de sales Indiens. Tout ce que
vous avez à faire c'est de les regarder pour voir qu'ils
ne sont pas comme moi. Ils ne ressentent pas les choses comme
je les ressent. C'est pour cela que, si cela s'avère nécessaire,
pour des raisons que je définis moi-même, en tuer
quelques uns ne sera pas une perte pour le monde. |
| Se sont des idées primaires que nous devons surmonter. |
| Exact, nous devons les surmonter car se sont des sentiments
qui nous viennent de nos racines tribales. Cela va si loin que,
par exemple, une personne qui travaille pour AT&T et qui est
vraiment impliquée par ça, sait qu'elle est meilleur
que quelqu'un qui travaille pour US Steel. Le gars de US Steel,
bien entendu, est juste un petit peu moins qu'un humain. |
| Il y a beaucoup de personnes qui respectent vos écrits,
M. Herbert, et vos compétences. Voudriez-vous leur dire
quelque chose ?... A tous les jeunes en particulier. |
| Oui. Je voudrais leur dire d'être très prudent
et de ne pas chercher de boucs émissaires. La technologie
n'est pas quelque chose qui doit être détruit, mais
qui doit nous aider à résoudre nos problèmes.
Jusqu'où allons nous la limiter ? Allons nous revenir à
la scie manuelle et à la hache ? De quels éléments
de la technologie allons nous nous défaire. Je dirais qu'il
faut qu'ils donnent libre cours à leur imagination. Allez-y,
essayez d'imaginer les choses qui pourraient être amusantes,
distrayantes, les choses que seraient intéressantes à
faire. Faites le en gardant un oeil sur les vagues que cela pourraient
engendrer et sur les personnes qui pourraient être touchées.
Eventuellement, ils vous faudra chanter pour gagner votre soupe.
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